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MessagePosté le: Sam 7 Juil - 13:00 (2007)    Sujet du message: L'internationalisme des Rockekeller

L'INTERNATIONALISME DES ROCKEFELLER

par Will BANYAN


Tout au long du XXè siècle et jusqu'à nos jours, la famille Rockefeller, par sa politique de philanthropie et de pouvoir, a eu un rôle prépondérant dans l'avènement de ce qu'on nomme aujourd'hui le "Nouvel Ordre Mondial".

Les visions des Rockefeller sur le Nouvel Ordre Mondial, de 1920 à 2002

Les plus riches ont manifesté depuis longtemps la suffisance de considérer que leur vaste fortune et le pouvoir politique qu'elle entraîne, leur confèrent le droit de changer le monde. La maison Rothschild, par exemple, la plus puissante des dynasties de la banque du XIXè siècle, utilisa sa puissance et son influence sur la sphère politique à l'occasion de nombreuses tentatives (pas toujours heureuses) de remodeler le paysage politique européen dans le but d'empêcher le déclenchement de la guerre. Ce qui lui valut. dans certains milieux, une réputation de "pacifiste militante". "Ce que dit Rothschild est décisif", concédait un diplomate autrichien, "et il ne donnera pas d'argent pour la guerre."

L'attitude de cette famille fut encore mieux résumée par l'affirmation suivante présumée avoir été exprimée par la femme de Mayer Amschel Rothschild (1744-1812), fondateur de la dynastie: "La guerre n'aura pas lieu, mes fils n'en fourniront pas les moyens financiers." Il faut comprendre que les motivations des Rothschild à empêcher les hostilités étaient loin d'être désintéressées, la fortune et le pouvoir de la maison reposant sur la stabilité du marché obligataire international, il s'agissait d'une question de survie économique. "Vous ne pouvez avoir la plus petite idée de ce qui arriverait si nous avions la guerre, à Dieu ne plaise !", se lamentait un des fils de Mayer Amschel en 1830, "il serait impossible de vendre quoi que ce soit. "1 Les investissements ne sont acceptables que s'ils sont rentables. Aussi banale était la cupidité ainsi affichée.

Au cours du siècle dernier, cependant, la classe sociale des puissants a manifesté plus clairement sa volonté. En fait, l'utilisation de l'argent pour provoquer des changements globaux est alors devenue une noble entreprise, de celles qui suivent habituellement une épiphanie spirituelle, lorsque des décennies de collecte impitoyable de biens débouchent sur un désir soudain d'œuvrer pour le bien commun plutôt que sur une inclination au luxe.

Un pionnier célèbre de cette approche fut Andrew Carnegie (1835-1919), un des dits "barons-voleurs" de "l'âge doré" de la fin du XIXè siècle, alors que l'économie américaine était dominée par les "trusts", dont la compagnie Carnegie Steel. Après avoir vendu sa société au magnat J. P. Morgan en 1901, Carnegie dédia le reste de sa vie et de sa fortune à une croisade pour la paix dans le monde.

Aujourd'hui célébré comme le père de la philanthropie, Carnegie pensait que seule la minorité la plus riche avait prouvé sa capacité à changer la société et que la multitude devait être exclue de telles décisions. "La richesse aux mains de quelques-uns" écrit-il, "peut devenir une force bien plus efficace pour l'élévation de notre espèce que si elle est redistribuée en petites sommes au peuple. "2 C'est une logique similaire qui guide beaucoup des acteurs de la philanthropie sociale d'aujourd'hui, dont Ted Turner, Bill Gates et George Soros, qui consacrent leurs milliards aux causes "honorables" qui soutiennent leur propre vision d'une société mondiale "juste".

Cela nous amène naturellement à la famille Rockefeller, qui utilisa sa fortune, dont l'origine remonte au XIXè siècle, pour établir un réseau relationnel philanthropique qui eut une importante influence sur les politiques gouvernementales mises en œuvre sur la planète depuis près d'un siècle.

Ce fait est reconnu depuis longtemps par les spécialistes de la question du "Nouvel Ordre Mondial", qui estiment que les membres de la famille Rockefeller figurent parmi les acteurs clés, sinon les architectes et commanditaires, de ce qui est désigné comme un occulte complot destiné à établir un "Gouvernement Mondial" de nature dictatoriale.

En 1970, par exemple, Gary Allen déclarait dans son livre "The Rockefeller File" (Le dossier Rockefeller) : "l'objectif majeur des Rockefeller aujourd'hui est la création d'un Nouvel Ordre Mondial - un gouvernement unique contrôlant l'ensemble de l'humanité". Les chercheurs actuels dans le domaine ne sont pas moins affirmatifs sur la responsabilité des Rockefeller. Le très controversé David Icke les décrit comme une famille pivot au sein de la "hiérarchie de lignée génétique" qui s'efforce de mettre en œuvre "l'agenda de la fraternité" visant l'établissement d'un "contrôle centralisé de la planète". Sans les Rockefeller et leur "manipulation aux États-Unis et au-delà", écrit Icke, "il existerait une liberté bien plus grande aux USA et dans le monde en général".3

Que l'émergence d'un Nouvel Ordre Mondial soit le produit des décisions prises sur instructions de l'élite du pouvoir, dont font partie les Rockefeller, n'est pas ici discutable, dans la mesure où les preuves en sont considérables. Cependant, certaines questions clés demeurent floues, comme celle qui divise les "anti-mondialisation" sur la question de savoir si ce Nouvel Ordre découle d'un processus habile de renversement des souverainetés nationales (y compris les USA) par des institutions supranationales "socialistes", ou s'il s'agit d'un processus de "capitalisme corporatiste" multinational mené par les USA reléguant les organisations internationales au second plan.4

En examinant les projets spécifiques aux Rockefeller, on peut observer que pour l'élite dessinant le Nouvel Ordre, il ne s'agit pas de choisir entre les institutions mondiales et le marché mondial mais bel et bien d'une combinaison prudente des deux approches, pour laquelle les blocs régionaux servent de tremplins à l'assise d'un système autoritaire et mercantile de "gouvernance mondiale".

En fait, la famille Rockefeller s'est placée aux avant-postes de l'effort contracté dans le but de convaincre, de flatter et de coordonner l'action des gouvernements en soutien de son projet au cours de la plus grande partie du XXe siècle et ce, jusqu'à nos jours. En effet, les stratégies communément associées à la fois aux deux modèles "libéral" et "collectiviste" de gouvernance mondiale, c'est-à-dire le leadership américain, les Nations-Unies, le libre marché, le néolibéralisme, les institutions financières internationales, les
marchés de libre échange, le contrôle démographique, la réglementation environnementale mondiale, I'Alliance Atlantique et le fédéralisme que les Rockefeller ont soutenus depuis presqu'un siècle, l'ont été soit directement, soit par le biais de diverses organisations de conseil politique de l'élite qu'ils ont financées, fondées ou contrôlées.

Le propos de cet article est de préciser les origines et l'évolution de l'idéologie internationaliste des Rockefeller, depuis John D. Rockefeller Junior, à travers ses fils les plus influents : John D. III, Nelson, Lawrance et David - jusqu'à leur progéniture, couvrant la période de 1920 à nos jours.

John D. Rockefeller, Jr, et l'héritage de Woodrow Wilson

L'histoire de l'intérêt porté par les Rockefeller à l'internationalisme ne débute pas avec des spéculations hasardeuses sur leurs origines reptiliennes ou avec John D. Rockefeller Senior (1839-1937) - le patriarche incorruptible et fondateur de la Standard Oil, fondement du pouvoir de la dynastie, mais avec John D. Rockefeller, Junior (1874-1960), qui contrôla la fortune des Rockefeller pendant la première moitié du XXè siècle. Cela peut sembler contraire aux théories orthodoxes prévalentes et à certains récits plus distrayants, mais les Rockefeller n'ont pas souscrit à l'idéologie mondialiste avant l'époque de John D. Junior.

Malgré ses nombreux voyages en Europe et ses tentatives d'accaparer les marchés étrangers du pétrole (qui eurent pour résultat une scission avec les Rothschild à un certain moment), Rockefeller Senior avait montré peu d'intérêt pour les affaires internationales.
Hormis son immense fortune (équivalant à environ 200 milliards de dollars d'aujourd'hui), le seul autre héritage durable laissé à sa grande famille fut une philosophie et une philanthropie au service de son intérêt déclaré pour l'amélioration de l'humanité, et par extension le concept de Nouvel Ordre Mondial.

Le fondement de la philanthropie de Rockefeller Senior, selon son biographe Ron Chernow, était sa "foi mythique en l'idée que Dieu lui avait donné sa richesse pour le bénéfice de l'espèce humaine". Il était un fervent Baptiste et sa religion déterminait l'essentiel de sa philanthropie précoce. Il fut aussi influencé par l'argument de Carnegie selon lequel les riches devaient employer leur argent pour atténuer les tensions sociales résultant des inégalités croissantes, plutôt que laisser leurs héritiers le gaspiller à assurer un style de vie hédoniste.

Carnegie écrivit dans la North American Review (1889) que "celui qui meurt riche meurt disgracié". Inspiré par la devise de Camegie, Rockefeller s'engagea dans un programme philanthropique énergique bien qu'il évitât de faire des dons directement aux nécessiteux. Invoquant le besoin "d'abolir le mal en le détruisant à la source", il investit son argent dans les institutions éducatives en espérant que leurs diplômés "répandraient leur culture largement et sur de longues distances", Rockefeller ne souhaitait pas bouleverser la hiérarchie sociale, souscrivant au point de vue darwinien justifiant la situation de certains au début de la chaîne alimentaire par les défauts de personnalité et une "faiblesse du corps, de l'esprit ou du caractère, de la volonté ou du tempérament"- il pensait cependant développer par sa générosité les "fortes personnalités" nécessaires à une plus large redistribution des richesses"6. Pour lui, changer la façon de penser des gens plutôt que leur condition matérielle était le moyen le plus efficace.

Mais il existait derrière le développement de l'empire philanthropique des Rockefeller des calculs plus pragmatiques. Après l'acerbe histoire de la Standard Oil écrite par Ida Tarbeil dans le McClures Magazine en 1902, "il était obsédé par l'amélioration de son image publique. En institutionnalisant ses dons, il espérait "démontrer que les riches hommes d'affaires pouvaient honorablement se décharger du fardeau de leur richesse" tout en atténuant de futures investigations sur l'origine de sa fortune. L'autre raison qui émergea après que Woodrow \Vilson ait mis en œuvre l'impôt sur le revenu en 1913 fut que les dons à but philanthropique étaient défiscalisés. Ainsi, la création de la fondation Rockefeller en 1913 protégea la plus grosse part de sa fortune des taxes de succession. Cela préoccupait grandement Rockefeller qui s'opposa même à l'impôt sur le revenu de 6 % récemment adopté, déclarant "que lorsqu'un homme a amassé une somme d'argent, le gouvernement n'avait aucun droit de redistribuer ses gains".7

Au milieu des années 1890, Rockefeller se retira graduellement de la gestion publique de la Standard Oil tout en injectant une bonne part de sa fortune dans la fondation Rockefeller et dans d'autres œuvres caritatives. En 1915, il fit don du reste à son fils et héritier : Junior. A la différence de la sagacité et de la brutalité de son père, Junior était de caractère timide, tourmenté par le dégoût de soi-même et à l'évidence étouffé par le poids des attentes de son père en ce qui concernait la gestion des affaires de la famille et de ses investissements philanthropiques.
C'est dans le but de l'aider dans cette tache incommensurable que Junior engagea en 1920 le juriste Raymond B. Fosdick (1883- 1972) comme conseiller stratège clé.8

Le très convainquant Raymond B Fosdick

On peut s'étonner que le nom de Fosdick soit absent de la plupart des études portant sur le concept de Nouvel Ordre Mondial, dans la mesure où sa relation avec Junior est déterminante à la compréhension de la façon dont les Rockefeller y sont impliqués. Comme l'un des plus proches
confidents de Junior, aussi bien que comme administrateur (1921-1948) puis plus tard Président (1936-1948) de la fondation Rockefeller, Fosdick eut un rôle pivot. C'est lui qui pressa Junior d'embrasser la doctrine internationale libérale du Président Wilson. Il n'est pas surprenant que Fosdick ait été toute sa vie un supporter de Wilson, le reconnaissant lui-même lors d'une conférence donnée en 1956 à l'université de Chicago: "du premier jour de notre rencontre (Wilson) jusqu'à sa mort, ma profonde admiration et mon respect lui restèrent acquis". Il affirma également avoir formé avec lui "une longue et parfois proche collaboration" depuis 1903, lorsqu'il commença ses études à l'université de Princeton, alors que Wilson était Président.9

Cette première rencontre fut le début d'une longue et productive association et Wilson eut dans les années qui suivirent un rôle moins que passif dans la carrière de Fosdick. Lors de la campagne présidentielle de 1912. ce dernier fut engagé comme secrétaire et commissaire aux comptes du comité de la commission nationale du parti démocrate. Il occupa ensuite divers postes dans l'administration Wilson dont celle de président de la Commission on Training Camp Activities, à la fois dans les départements de la Navy et de la Défense. II accompagna Wilson à la conférence de paix de Paris de 1919 comme conseiller civil. A cette époque, il entretint également de proches relations avec l'énigmatique conseiller du Président, le colonel House.

À l'évidence, Fosdick eut alors une influence importante illustrée par la demande que lui fit Wilson d'accepter l'offre du secrétaire général de la Ligue des Nations, Sir Eric Drummond. concernant le poste de sous-secrétaire. En bon supporter de la Ligue, il accepta avec enthousiasme et prit ses fonctions en juillet 1919. Ce fut une avancée importante qui fit de lui un des deux sous-secrétaires de la Ligue (l'autre était le technocrate français Jean Monnet, futur fondateur de la Communauté Européenne), ainsi que l'Américain le plus haut placé au sein de l'organisation.10
Mais la réalisation des rêves de Fosdick devait être écourtée par l'opposition du Sénat à l'adhésion américaine à la Ligue des Nations qui atteignit son paroxysme avec les tentatives persistantes du sénateur Henry Cabot Lodge d'américaniser l'organisation internationale cette même année. Bien qu'il soit persuadé que les prises de position de Lodge résultaient d'un "degré d'immaturité de nos idées et de notre pensée". Fosdick savait que la controverse avait rendu sa position intenable, le poussant à démissionner en janvier 1920. Se déclarant lui-même soulagé d'un "fardeau lourd de silence", Fosdick, amer et déçu, était résolu à "dire ses convictions au monde entier". Réaliser la vision de Wilson d'un Nouvel Ordre Mondial devint alors son obsession.11

À ce point de développement de notre exposé, il est important de revoir ce que signifiait la vision originale de Wilson d'un Nouvel Ordre Mondial.
Trois composantes essentielles l'animaient :
- La première et la plus connue était la Ligue des Nations, conçue par le Président comme une "communauté de pouvoir" et une "paix commune organisée", l'organisation servant de forum permettant d'arbitrer les conflits territoriaux et détenant le pouvoir de renforcer ces résolutions. Selon Henry Kissinger, cette vision audacieuse "traduite institutionnellement revenait à un gouvernement mondial".12
- La seconde était l'idée de libre marché commercial international défendue par Wilson, comprenant parmi les Quatorze Points de sa doctrine l'exigence d'un total "égalitarisme du marché" et d'une "suppression de l'ensemble des barrières économiques". Wilson tentait de réaliser la doctrine britannique du libre marché, défendue au XIXè siècle par des économistes comme Richard Cobden et "l'école de Manchester", qui favoriserait l'avènement d'un monde unifié par les liens commerciaux dont toute guerre serait bannie. Mais Wilson considérait également que l'industrie américaine s'était "développée à un point exigeant pour sa survie un libre accès aux divers marchés de la planète". Enraciner le libre marché par un traité mondial, raisonnait-il, sauvegarderait les producteurs américains.13
- Troisièmement, Wilson était un supporter de l'intégration transnationale, à la fois aux niveaux économique et politique. Ceci apparaissait dans sa proposition avortée du "Pan-American Pact" de 1914-2015 dont le propos, selon son conseiller, le colonel House, était de "souder les deux continents américains au sein d'une union plus forte". Wilson et House pensaient aussi que le Pan-American Pact servirait de modèle à l'organisation politique de
l'Europe. puis du monde.14
- Quatrièmement. Wilson pensait que les USA devaient assumer le rôle de leader mondial auquel ils étaient destinés "et étendre leur suprématie sur les autres nations pour garantir la paix et la justice partout dans le monde".15

L'évocation faite ici de "la paix et la justice" doit être bien sûr envisagée avec la vigilance que mérite toute rhétorique politique, spécialement aux vues des nombreux paradoxes qui ont jalonné la carrière politique de Wilson. Après tout, c'est bien lui qui mena campagne pour la présidentielle de 1911-1912 soutenant qu'il resterait ferme face aux "maîtres du gouvernement des États-Unis... que sont les capitalistes et les industriels." Pourtant il dépendait lourdement de ces mêmes "maîtres du gouvernement", compte tenu que le tiers du financement de sa campagne était assumé par seulement 40 personnes. Parmi eux, les banquiers de Wall Street Jacob Schiff (Kuhn. Loeb & Co.) et Cleveland Dodge, l'agent de change Bernard Baruch et de nombreux industriels, dont les propriétaires de l'International Larvester Company connu aussi sous le nom de ''Harvester Trust''). C'est le même Wilson qui exprima son opposition au "credit trust" des banquiers tout en fondant le système de la Federal Reserve (banque centrale), satisfaisant le double objectif de Wall Street d'internationaliser le dollar américain et de contrôler la création de la monnaie et du crédit aux États-Unis.16

Étant donné que Wilson était lui-même prisonnier des "trusts" qu'il avait publiquement attaqués, il était probablement inévitable que l'un de ses plus dévoués partisans se consacre au service de l'un des plus importants de ces conglomérats.

Guidé par le désir de voir l'ambitieux modèle d'ordre mondial de Wilson devenir réalité, Fosdick avait plaidé en faveur de l'implication américaine au sein de la Ligue des Nations en créant l'Association de la Ligue des Nations en 1923. En janvier 1924, il rendit visite à Woodrow Wilson, alors souffrant, en mal d'inspiration et de guidance. Il ne fut pas déçu, comme Gene Smith le relate dans When the Cheering Stopped (Lorsque les acclamations cessèrent) : Wilson dit à Fosdick qu'il était impensable que l'Amérique fasse obstacle au progrès humain ou qu'elle reste à l'écart car elle ne peut trahir l'espoir de l'espèce. Sa voix se brisa, devint rauque et il murmura que l'Amérique allait apporter son énergie spirituelle à la libération de l'espèce humaine. Celle-ci fera un pas en avant, un pas grandiose : l'Amérique ne pourrait par rester à la traîne. Fesdick était jeune et lorsqu'il se leva pour partir, il fit le serment au nom de la jeune génération qu'ils mèneraient à bien le travail commencé.17

Il est évident que ce testament que fit Wilson - il mourut un mois plus tard - renforça le zèle mondialiste de Fosdick. Absolument convaincu que la seule façon de garantir la paix dans le monde était d'établir une forme de gouvernement mondial et que seul le leadership des États-Unis pouvait en permettre l'avènement, Fosdick dévolut toute son énergie à essayer d'orienter l'opinion publique et celle de l'élite dans cette direction. En 1928, il publia The Old Savage in the New Civillization (Le vieux sauvage au sein de la nouvelle civilisation), qui avalisait les concepts de "conscience planétaire" et "d'intelligence collective." Il y soutenait que pour que les nations puissent coexister pacifiquement"... nous devons disposer d'un système centralisé, d'une procédure institutionnalisée, par laquelle nous pourrons déterminer des principes et des règles de vie commune... La revendication de la souveraineté absolue des États est devenue à notre époque la suprême anarchie." 18

Un élève de bonne volonté

Le meilleur atout de la croisade de Fosdick, menée dans le but de ramener les USA dans le schéma d'ordre mondial hérité de Wilson, allait être le très pieux, coupable et influençable John D. Rockefeller Junior. Bien qu'héritier désigné de la fortune de la Standard Qil, la nature impitoyable et la finesse du père manquèrent au fils. Fidèle aux préjugés de son père, Junior s'était affirmé en Républicain convaincu, rejetant à la fois Wilson et la Ligue des Nations, quoique les massacres de la première guerre mondiale l'eussent amené à flirter avec les idées de la coopération internationale. Il avait embrassé l'interconfessionalisme, participant au Mouvement Mondial Inter-églises qui avait cherché à combiner les ressources des confessions chrétiennes protestantes dans une tentative de "Christianisation du monde".

En Junior, Fosdick affirma avoir trouvé un "homme remarquable" "d'une grande sincérité, muni d'un vif sens des responsabilités" qui "cherchait à être convaincu et non soumis." D'une façon logique, convaincre Junior de rallier l'idéologie mondialiste devint l'un des buts de Fosdick.19
Bien qu'il ne l'admette pas dans ses mémoires, il fut très efficace à remodeler la vision du monde de Junior. La biographie servile de Junior qu'écrivit Fosdick suggère que l'internationalisme croissant de Rockefeller résultait uniquement d'un mélange inspiré par ses voyages de jeunesse autour du monde et par une "conscience religieuse de la bonté humaine et des liens qui unifient le monde." Pourtant, compte tenu du rôle de proche conseiller qui lia Fosdick à Junior des années vingt aux années quarante, on remarque une tendance évidente chez Junior, inexplicable par ailleurs, à mani-fester des sentiments internationalistes de plus en plus sophistiqués. Ainsi en vint-il à soutenir la
Ligue des Nations et à fonder le premier corps de l'establishment de l'Est des USA : le Council on Foreign Relations (CFR). Inexplicable uniquement si l'on ignore la connaissance tacite qu'avait Fosdick du caractère très malléable de Junior - "ses opinions étaient invariablement marquées par la tolérance, et l'inflexibilité ne faisait pas partie de son caractère" - et ainsi donc ouvert à ses suggestions20.

Les preuves de la conversion de Junior à l'idéologie de Fosdick abondent. L'une de ses initiatives pendant les années vingt fut la création de Maisons Internationales ouvertes aux étudiants étrangers des universités américaines, Junior y voyait "un laboratoire de relations humaines, un monde en miniature dans lequel une ambiance de camaraderie pouvait se développer." En 1924, lors d'un discours aux étudiants étrangers, Junior fit part de son espoir qu'un jour... plus personne ne parle de "son pays" mais de "notre monde".

Inévitablement, poussé par Fosdick, Junior devint plus prompt à soutenir la Ligue des Nations. Fosdick présenta Junior à Arthur Sweetser, un des quelques Américains travaillant encore au sein de la Ligue, qui motiva également son intérêt pour cette organisation mondiale. L'enjeu était clair, amener Junior qui gérait la Fondation Rockefeller à verser des subsides à l'organisme sanitaire de la Ligue et plus tard à faire don de 2 millions de dollars de ses fonds propres pour la création de la bibliothèque de la Ligue. Au cours des années vingt, il attribua également 1 200 dollars annuels au CFR, contrôlé alors par des supporters de Wilson et participa à hauteur de 50 000 dollars à l'établissement du même organisme dans ses nouveaux quartiers de l'immeuble Harold Pratt à New York.21

L'influence durable de l'internationalisme wilsonien de Fosdick est également évidente dans un courrier adressé par Junior en 1938 dans lequel il rit de nombreuses observations au sujet de l'impact des progrès technologiques et de l'interdépendance croissante. En effet, il y prédisait la fin de l'Etat-Nation et y retraçait le cours de l'évolution que ses fils s'efforceront de réaliser, telle une prophétie de leur propre prospérité :
Chaque jour passant, avec son lot de nouvelles inventions augmentant la rapidité des transports et faci1itant la communication, la coopération entre les hommes et les nations devient plus importante. Les nations sont rendues plus interdépendantes que jamais. Les aiguilles de l'horloge de l'histoire ne pourront plus faire marche arrière. L'ancien ordre mondial de l'isolement géographique, de l'autosuffisance personnelle et nationale est définitivement obsolète. Le futur de la civilisation humaine sera déterminé par le degré de succès de l'apprentissage de la coopération et du savoir vivre ensemble des hommes et des nations.22


L'adhésion de Junior à l'internationalisme de Fosdick culmina avec la décision prise à la fin 1946 de faire donation à la ville de New York du terrain accueillant le quartier général de la nouvelle ONU, toujours utilisé aujourd'hui. Mais on peut dire que l'héritage essentiel de Junior reste l'impact de son récent zèle mondialiste sur ses enfants. Son effet fut double : premièrement, il fit évoluer la philosophie philanthropique de son père qui employait la richesse familiale au changement de la société vers une intégration à une pléthore d'institutions et d'organisations qui donnèrent aux Rockefeller "une influence inégalée sur les affaires nationales"23, et deuxièmement il établit une croyance durable en l'idéologie de coopération et de gouvernance internationale de Fosdick, héritée de la vision qu'avait Woodrow Wilson de la Ligue des Nations.

Junior eut six enfants : une fille : Abby, et cinq fils : John, Nelson, Lawrance, Winthrop et David, dont quatre vont continuer à jouer un rôle essentiel dans l'avènement d'un Nouvel Ordre Mondial... et c'est vers eux que je me tournerai pour la suite de mon étude.

Au sujet de l'auteur:
Will Banyan, licencié ès lettres, diplômé en sciences de l'information, est un auteur spécialisé en économie politique de la mondialisation. Il a travaillé pour divers Etats et pour le gouvernement fédéral américain ainsi que pour plusieurs organisations internationales, comme plus récemment sur des objectifs mondiaux pour une société privée. Il travaille actuellement sur une histoire révisée du Nouvel Ordre Mondial et peut être contacté à : banyan007@redifmail.com .

Traduction : David Dennery
Revue Nexus n°28

Notes de fin :

1- Citations de Niall Ferguson, The House of Rothschild : Mo-ney's Prophets, 1798-1848, Pen-guin Books, 2000, pp 231-232

2- Peter Krass, Carnegie, John Wiley & Sons, 2002, pp 242, 410-411

3- Gary Allen, The Rockefeller File, 76 Press, 1976, p77 ; and David Icke, The Biggest Secret, Bridge of Love, 1999, p1-2, 267-268.

4- La littérature sur ces deux interprétations est considérable pour de récents exemples de "corporatisme mondialiste" : David Korten, When Corpora-tions Rule the world, Kumarian Press, 1995 ; Naomi Klein, No Logo, Flamingo, 2000 ; Paul Hellyer, Stop Think, Chimo Media, 1999, et Anita Roddick (ed), Take it Personallv : how globalisation affects you-and powerful ways to challenge it. Harper Collins, 2001. Pour de récents et classiques exemples de la théorie du "gouvernement socialiste mondial" : Gary Allen, None DareCall it Conspiracy, Concord Press, 1972 : James Perloff, The Shadows of Power ; Western Islands, 1998 ; William F. Jasper, Global Tyranny... Step bv Step, Western Islands, 1992 ; Gary Benoît, "Globalism's Growing Grasp", The New American du 28 février 2000 et William F. Jasper, "Global Tyanny... Boloc by Bloc", The New American du 9 avril 2001.

5- Pour de récents exemples de cet agenda combiné, complété de l'inévitable rhétorique sur la protection de la démocratie, voir : The Commission on Global Governance, Our Global Neighbourhood, Oxford University Press, 1995 ; George Soros, Open Society ; Reforming Glo-bal Capitalism, Little, Brown & Co, 2000 ; et Peter Singer, One World : The Ethics of Globalization, Text Publi-shing, 2002.

6- Rockefeller et Carnegie, cité par Ron Chernow, Titan : The Life of John D. Rockefeller, Sr, Warner Books, 1998, pp 467, 313-314, 469.

7- ibid, pp 468, 566

8- ibid, p 638

9- Raymond B. Fosdick, "Personal Recollections of Woodrow Wilson", EarI Lathal (ed), The Philosophy and Polocies of Woodrow Wilson, University of Chicago Presse, 1958, pp 28-29. Remarquez que Fosdick était aussi membre de tous les bureaux philan-thropiques créés par John D. Rockefeller Jr, dont le Rockefeller Institute for Medical Research, le General Education Bo- ard, l'lnternational Edu-cation Board, le Laura Spelman Rockefeller Memorial, le China Me-dical Board et le Spel-man Fund of New York.

10- Arthur S. Link, Wil-son: The Road ta the White House, Princeton University Press, 1947, p 479 ; Fosdick, "Personal Recollections", pp 29, 35, 39-41 ; et Raymond B. Fosdick, Chronicle of a Generation : An Auto-biography, Harper & Brother Publishers 1958, pp 188-189, 195-196.

11- Fosdick, Chronicle of a Generation, pp 204, 211.

12- Wilson cité par Tho-mas J. Knock, To End AIl Wars: Woodrow Wilson and the Quest for a New World Order, Princeton University Press, 1992, pp98, 112 ; Henry Kissinger, Diplomacy, Touchstone 1994, p 234.

13- Link, Wilson: The Road to the White House, p 24 ; et Wilson cité dans Ross A. Ken-nedy, "Woodrow Wilson, World War I, and an American Conception of National Security", Di-plomatic History, Winter 2001, p 23.

14. House cité par Char-les Seymour (ed), The Intimate Papers of Co. Lonel House, vol 1, Ernest Benn Ltd, 1926, p 215.

15- Wilson cité par Knock, To End All Wars, p 112.

16- Link, Wilson : the Road to the White House, pp 524-525, 490, 403, 485 ; Wilson cité par Lester V. Chandler, "Wilson's Monetary Re-form", Latham, Woodrow Wilson, p 126, et J. Law-rence Broz, "Origins of The Federal Reserve System : International In-centives an the Do-mestic Free-Rider Pro-blem ", Harvard Univer-sity, May 1998, pp 27-34.

17- Gene Smith, When The Cheering Stopped : The Last Years of Woodrow Wilson, Bantam Books,1964, pp 230-231.

18- Cité dans Fosdick, Chronicle of a genera-tion, pp 215-216, 224-225 227.

19- ibid, pp 215-216 ; Raymond B. Fosdick, John D. Rockfeller, Jr : A Portrait, Harper & Brothers Publishers, 1956, pp 205-207.

20- Fosdick, John D. Rockfeller, Jr, 388-390 ; et John Ensor Harr et Peter J. Johnson, The Rockfeller Century, Charles Scribner's Son's, 1988, pp 155-156.

21- Rockefeller cité dans Fosdick, John D. Rocke-feller Jr, pp 390-394 ; Harr & Johnson, The Rockefeller Century, p 156 and "The Library Benefactor : John D. Ro-ckefeller Jr, at UNOG Library website http:// www.unog.ch

22- Rockefeller cité dans Fosdick, John D. Rockefeller Jr, pp 397-398.
23- Peter Collier et David Horowitz, The Rockefel-ler : An American Dynas-ty, Holt Reinhart & Wins-ton, 1976, pp 486-487.
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MessagePosté le: Sam 7 Juil - 13:00 (2007)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Sam 28 Nov - 00:38 (2009)    Sujet du message: L'internationalisme des Rockekeller

Merci pour cette traduction. J'ai remarqué une erreur après la première référence (1). Une traduction correcte est :

Voilà la banalité de la cupidité : les dénouements heureux ne sont acceptables que s'ils sont rentables.

à la place de

Les investissements ne sont acceptables que s'ils sont rentables. Aussi banale était la cupidité ainsi affichée.

Cordialement
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 23:47 (2016)    Sujet du message: L'internationalisme des Rockekeller

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