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Noces chymiques de Christian Rosenkreutz (1616)

 
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MessagePosté le: Dim 17 Juin - 15:58 (2007)    Sujet du message: Noces chymiques de Christian Rosenkreutz (1616)

Les Noces chymiques

par Christian Rebisse

En 1616, paraissent les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz, livre considéré comme le troisième Manifeste rosicrucien. Il est publié à Strasbourg, chez Lazare Zetzner, l'éditeur du Theatrum Chemicum et de nombreux traités d'alchimie. Ce texte est très différent des deux premiers Manifestes. D'abord, bien qu'il ait été publié anonymement, on sait que Johann Valentin Andreæ en est l'auteur. Ensuite, il a une forme particulière : il se présente comme un roman alchimique, une autobiographie. À cette époque, la science connaît une grande évolution. Comme en témoignent les nombreuses publications d'alors, cette évolution scientifique n'entache pourtant pas la vitalité de l'alchimie. Celle-ci contribue à enrichir les réflexions des chercheurs, ce qui fait dire à Frank Greiner que « l'invention du monde moderne ne procéda pas essentiellement du triomphe du mécanisme, mais trouva aussi quelques-uns de ses ferments dans les alambics des faiseurs d'or et des extracteurs de quintessence »(1). Au XVIIe siècle, l'alchimie élargit ses perspectives. Elle se veut une science unificatrice, comporte des applications médicales et développe une dimension plus spirituelle. Elle cherche aussi à s'inscrire dans une réflexion sur l'histoire de la Création, de la cosmogonie tragique qui a entraîné non seulement la Chute de l'homme, mais encore celle de la Nature. Ainsi, l'alchimiste est médecin de l'homme ; il l'aide à se régénérer, à renaître à sa condition spirituelle, mais il est aussi médecin de la Nature. Comme l'indique saint Paul, la Création est dans l'exil et la souffrance, et elle attend de l'homme sa libération(2). Gerhard Dorn, disciple de Paracelse, est l'un des représentants types de cette évolution(3). C'est dans cette mouvance, si riche en publications, que s'inscrivent les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz.

Johann Valentin Andreæ

L'auteur de ce Manifeste, Johann Valentin Andreæ (1586-1654), est issu d'une illustre famille de théologiens. Son grand-père, Jakob Andreæ, fut l'un des rédacteurs de la « Formule de la Concorde », un élément marquant de l'histoire du protestantisme. En reconnaissance de ses mérites, le comte palatin Otto Heinrich lui avait accordé des armoiries. Jakob les composa en associant la croix de saint-André, correspondant à son patronyme, avec quatre roses, par déférence à Luther dont les armoiries comportaient une rose. Les armes de Luther peuvent ainsi être décrites : au centre se trouve une croix noire évoquant la mortification et rappelant que la foi en Christ crucifié est rédemptrice. Cette croix repose au centre d'un cœur rouge, symbole de vie. Ce dernier est disposé dans une rose blanche, insigne de joie et de paix. L'ensemble est entouré par un anneau d'or symbolisant la vie éternelle. Il est possible que ces armoiries soient inspirées des écrits de saint Bernard que Luther appréciait beaucoup. En effet, dans ses sermons sur le Cantique des Cantiques, saint Bernard a souvent recours à l'image de la croix unie à une fleur, lorsqu'il évoque les noces de l'âme avec Dieu.

Depuis l'enfance, Johann Valentin Andreæ est bercé par l'alchimie. Son père, pasteur à Tübingen, possède un laboratoire, et son cousin, Christophe Welling, est lui aussi passionné par cette science. Comme son père, il suit des études de théologie. Le théologien Johann Arndt le considère comme son fils spirituel et aura une grande influence sur lui. J. Arndt s'inscrit dans la lignée de Valentin Weigel, lignée qui tenta de réaliser une synthèse entre la mystique rhéno-flamande, l'hermétisme de la Renaissance et l'alchimie paracelsienne. Johann Valentin est aussi l'ami de Tobias Hess, un théologien s'adonnant à la médecine paracelsienne et à la naométrie. Il se consacre lui-même à cette science de “la mesure du temple”, lorsqu'à Tübingen, il aide son maître et protecteur, le théologien Matthias Hafenreffer, à dessiner les planches d'une étude sur le Temple d'Ézéchiel. Johann Valentin Andreæ s'est beaucoup intéressé au rôle médiateur des symboles dans l'expérience spirituelle. Sur ce point, il rejoint les préoccupations de son maître J. Arndt. Très marqué par la mystique, il est considéré comme l'un des précurseurs du piétisme. L'auteur des Noces Chymiques voyait dans le théâtre un moyen intéressant pour amener ses contemporains à réfléchir, et certaines de ses œuvres sont influencées par la comedia dell'arte. C'est le cas de « Turbo», une pièce où l'on note la première apparition d'Arlequin sur la scène allemande. Cette pièce, éditée la même année que les Noces Chymiques, fait référence à l'alchimie. C'est une œuvre importante qui servira de modèle au « Faust» de Goethe. Cependant, même si elle témoigne de l'érudition de l'auteur dans l'art d'Hermès, elle est assez ironique vis-à-vis des alchimistes. D'une manière générale, que ce soit en théologie ou en science, c'est le savoir utile qui l'intéresse et non les vaines spéculations. Avec son ami J. Comenius, il est d'ailleurs l'un des rénovateurs de la pédagogie du XVIIe siècle. En 1614, il est nommé pasteur suffragant à Vaihingen. Il sera par la suite surintendant à Calw, puis prédicateur et conseiller au Consistoire de Stuttgart. Après être passé par diverses charges, il finira sa vie comme abbé d'Adelberg, ville où il mourra en 1654(4). Johann Valentin Andreæ a laissé une œuvre très importante(5).

C'est en 1602-1603, alors qu'il n'a encore que dix-sept ans, qu'il fait ses premiers essais d'auteur. Il écrit deux comédies sur Esther et Hyacinthe, ainsi qu'une première version des Noces Chymiques. Le personnage principal de ce roman portait-il déjà le nom de Christian Rosenkreutz, ou ce nom fut-il ajouté pour sa publication de 1616 ? Le manuscrit de la première version de ce texte ayant disparu, il est difficile de répondre à cette question. Cependant, on peut constater que les symboles de la rose et de la croix ne sont guère présents dans le roman. On sait également que Johann Valentin Andreæ avait remanié son texte pour l'édition de 1616. Il est intéressant de signaler que l'année où il publie les Noces Chymiques, il fait paraître chez le même éditeur Theca gladii spiritus (Le Fourreau de la gloire de l'Esprit). Ce livre reprend vingt-huit passages de la Confessio Fraternitatis. Cependant, au nom de Christian Rosenkreutz, il substitue celui de Christian Cosmoxene, et ne semble pas adhérer à toutes les idées présentées dans les premiers textes rosicruciens. Il est bon de rappeler que l'année où la « Fama Fraternitatis» fut éditée, Johann Valentin Andreæ proposait la création d'une « Societas christiana», un groupe qui, sur certains points, ressemblait au projet formulé dans les Manifestes. Toute sa vie durant, il n'aura de cesse de créer des sociétés savantes, comme le « Cercle (ou Cénacle) de Tübingen », ou des organisations à caractère social, comme la « Fondation des teinturiers» qui existe encore de nos jours.

L'histoire

Le troisième Manifeste rosicrucien est très différent des deux précédents. Voici, à grands traits, son propos. Dans ce texte, c'est Christian Rosenkreutz, un vieillard de quatre-vingt-un ans, qui raconte sa propre aventure. Il s'agit du récit des sept journées au cours desquelles il assiste à des noces royales. En 1459, invité par une messagère ailée, il quitte son ermitage situé à flanc de montagne pour se rendre à ce mariage. Après quelques périples, il arrive au sommet d'une haute montagne, avant de franchir trois enceintes successives. Là, comme les autres invités, il est soumis à l'épreuve de la balance et jugé assez vertueux pour participer au mariage. Les élus reçoivent une Toison d'or(6) et sont présentés à la famille royale. Alors que l'on s'attend à assister à un mariage, c'est la décapitation de la famille royale que Christian Rosenkreutz nous décrit. Les cercueils sont ensuite embarqués sur sept navires en partance pour une île lointaine. Arrivés à destination, ils sont déposés dans un curieux bâtiment de sept étages : la Tour d'Olympe. La suite du récit nous fait assister à une étrange ascension des invités à travers les sept étages de la tour. A chaque étape, sous la direction d'une femme et d'un vieillard, ils participent à des opérations alchimiques. On procède à une sorte de distillation des dépouilles royales dont on récupère un liquide qui donne bientôt naissance à un œuf blanc. De celui-ci naît un oiseau qui sera engraissé pour ensuite être décapité et réduit en cendres. Avec ces résidus, les invités fabriquent deux minuscules statues. Ces homoncules sont nourris jusqu'à ce qu'ils prennent la taille d'adultes. Une dernière opération leur communique la flamme de vie. Les deux homoncules ne sont autres que le roi et la reine qui s'éveillent à nouveau à la vie. Peu après, ces derniers reçoivent leurs invités dans l'Ordre de la Pierre d'Or, et tous retournent au château. Cependant, Christian Rosenkreutz, lors de sa première journée au château, avait commis une indiscrétion. Il avait pénétré dans le mausolée où gisait Vénus endormie. Cette indiscrétion lui vaudra d'être condamné à devenir le gardien du château. La sentence ne semble pas avoir été exécutée, car le récit s'achève brutalement sur le retour de Christian Rosenkreutz dans sa demeure. L'auteur laisse entendre que l'ermite, qui a quatre-vingt-un ans, n'a plus que quelques années à vivre. Ce dernier élément semble contredire la Fama Fraternitatis qui indique que Christian Rosenkreutz vécut jusqu'à l'âge honorable de cent six ans. D'ailleurs, d'autres points du récit nous montrent un Christian Rosenkreutz assez différent de celui qui est présenté dans les premiers Manifestes.

Un opéra baroque

Comme le fait remarquer Bernard Gorceix, le texte de Johann Valentin Andreæ porte l'empreinte de la culture du XVIIe siècle, celle du baroque où l'allégorie, la fable et le symbole occupent une place prééminente. Pour lui, le roman de Johann Valentin Andreæ est une œuvre importante de l'histoire de la littérature. Elle est en effet l'un des meilleurs témoignages de l'émergence du baroque du XVIIe siècle. On y retrouve le goût du merveilleux, le primat de l'ornement(7). Le château où se déroulent les noces est somptueux. Ses jardins reflètent l'intérêt de l'époque pour les parcs agrémentés de fontaines et d'automates(8). Dans ce récit, ils servent de décors à plusieurs scènes, en particulier à l'une des plus intrigantes, celle du jugement où les invités passent un à un sur une balance qui mesure leur vertu. L'auteur nous fait assister à d'étranges défilés de vierges voilées à peine perturbées par les flèches d'un Cupidon quelque peu indiscipliné. On y rencontre des animaux fabuleux : licornes, lions, ou phénix... Les costumes des divers personnages sont luxueux, et au cours du récit, certains passent du noir au blanc et au rouge, suivant le stade de la transmutation alchimique en cours. Des fêtes et des banquets, servis par des valets invisibles, ponctuent le récit. La musique, souvent interprétée par des musiciens invisibles, accompagne la narration. Trompettes et timbales marquent les changements de décors ou l'entrée en scène des personnages. Le texte est parsemé de poèmes, et l'action générale est interrompue par une pièce de théâtre. L'humour n'est pas absent de ce traité d'alchimie ; il se manifeste à des moments souvent inattendus, comme par exemple l'épisode du jugement (3e jour), qui donne lieu à quelques “gauloiseries”. Au moment où la transmutation est pratiquement achevée (6e jour), celui qui dirige les opérations organise une mascarade pour faire croire aux invités qu'ils ne vont pas assister à la phase finale de l'œuvre. Quand la farce s'achève, son auteur « rit à s'en rompre le ventre ». Le récit comporte aussi des inscriptions cryptées et une énigme chiffrée que Leibniz s'efforcera de percer. Comme on peut le voir, nous sommes en présence d'un texte d'une grande richesse, mais d'un style très différent de la Fama Fraternitatis et de la Confessio Fraternitatis.

Alchimie intérieure

L'année qui suit la parution des Noces Chymiques (1617), l'alchimiste Ratichius Brotofferr publie Elucidarius Major..., un livre dans lequel il tente d'établir des relations entre les sept journées des « Noces» et les étapes de l'œuvre alchimique. Il avoue cependant que le texte de Johann Valentin Andreæ est obscur. Plus tard, d'autres auteurs, comme Richard Kienast (1926) ou Will-Erich Peuckert (1928), se sont efforcés de percer les mystères de ce texte. Plus récemment, Bernard Gorceix, Serge Hutin et surtout Roland Edighoffer ont analysé cette œuvre avec pertinence(9). Le texte des « Noces» ne ressemble guère aux œuvres du corpus alchimique. Il ne s'agit pas d'un traité didactique, et son objet n'est pas de décrire les opérations du laboratoire. On notera au passage qu'il n'y est pas question d'élaborer la Pierre Philosophale, mais de produire un couple d'homoncules. Sur les sept journées décrites dans le récit, c'est essentiellement à partir de la quatrième journée que la symbolique alchimique occupe le premier plan. Paul Arnold a tenté de montrer que les Noces Chymiques ne sont qu'une adaptation du chant X du poème « La Reine des Fées» d'Edmund Spencer (1594), qui met en scène le chevalier Red-Cross (Croix-Rouge). Cependant, sa démonstration n'est guère convaincante. De son côté, Roland Edighoffer a montré que le récit de Johann Valentin Andreæ présentait une ressemblance frappante avec un livre de Gerhard Dorn : Clavis totius philosophiæ chimisticæ(10). Le livre de ce disciple de Paracelse fut publié en 1567, puis intégré dans le tome I du Theatrum chemicumédité par Lazare Zetzner en 1602. Dans ce texte, Gerhard Dorn indique que la purification que l'alchimiste opère sur la matière peut aussi s'accomplir sur l'homme lui-même. Son livre met en scène trois personnages qui typifient les diverses parties de l'homme : corps, âme et esprit. Tous les trois dialoguent à un carrefour pour décider du chemin à suivre pour accéder à trois châteaux situés sur une montagne. Le premier de ces châteaux est en cristal, le deuxième en argent et le troisième en diamant. Après quelques péripéties et une purification à la Fontaine d'Amour, ces personnages accèdent aux sept étapes qui marquent le processus de régénération intérieure de l'être. Il est frappant de constater que l'on retrouve là l'essentiel de la trame du récit des « Noces».

Les noces spirituelles

En exergue de son livre, Johann Valentin Andreæ indique que « les arcanes s'avilissent, quand ils sont révélés ; et profanés, ils perdent leur grâce ». En effet, les mystères initiatiques perdent leur valeur lorsqu'ils ne passent que par le filtre de l'intellect. Comment, dans ces conditions, tenter d'analyser l'œuvre qui nous intéresse ici, sans en déflorer les vertus ? Nous n'avons certes pas la prétention de pouvoir en révéler tous les arcanes, mais il nous a semblé intéressant de souligner trois thèmes importants présents dans le roman initiatique de Johann Valentin Andreæ : les noces, celui de la montagne de la révélation, et enfin celui des sept stades de l'œuvre. Le mariage sacré, la hiérogamie, occupe une place importante dans les Mystères antiques. Dans le christianisme, comme chez saint Bernard (1090-1153), cette thématique se développe à partir de commentaires du Cantique des Cantiques. Dans son Traité de l'amour de Dieu, il décrit l'itinéraire de l'âme vers les sphères supérieures, dont l'étape ultime est celle des noces spirituelles. Cette symbolique connaîtra un grand développement chez les mystiques rhéno-flamands, notamment chez les béguines et chez Jan van Ruysbroek, l'auteur de L'Ornement des noces spirituelles (1335). Chez de nombreux auteurs, comme Valentin Weigel, le thème des noces spirituelles est lié à celui de la régénération et de la nouvelle naissance. Chez ces derniers, la symbolique alchimique s'ajoute à celle du christianisme. D'une manière générale, les noces royales occupent une place importante dans l'alchimie, et C. G. Jung a montré qu'elles sont particulièrement bien adaptées pour décrire les phases du processus d'individuation. Le mariage du roi et de la reine figure l'union des deux polarités de l'être, l'animus et l'anima, conduisant à la découverte du Soi. C. G. Jung a exposé ses recherches dans plusieurs livres, dont le plus représentatif est Psychologie et Alchimie (1944). Cependant, c'est avec son Mysterium conjonctionis, Études sur la séparation et la réunion des opposés psychiques dans l'alchimie (1954), qu'il estimait avoir poussé le plus loin sa recherche. Dans cette œuvre, les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz ont constitué un élément fondamental de sa réflexion. Contrairement à ce qu'indique son titre, le texte de Johann Valentin Andreæ ne parle pas d'un mariage. Du moins, la cérémonie des noces n'est pas décrite dans le roman dont l'action se cristallise autour de la résurrection d'un roi et d'une reine. Comme saint Bernard et les mystiques des époques précédentes, c'est des noces de l'être, entendues comme une régénération, que Johann Valentin Andreæ traite dans son livre.

Le château de l'âme

Le lieu des noces est situé sur une montagne. Dans la symbolique traditionnelle, ce lieu, point de rencontre entre la terre et le ciel, est celui du séjour des dieux et de la révélation. Comme l'a si bien montré Marie-Madeleine Davy dans La Montagne et sa symbolique(11), gravir la montagne, c'est partir à la quête de soi-même et entreprendre l'ascension vers l'absolu. Le message d'invitation apporté à Christian Rosenkreutz indique qu'il doit gagner le sommet d'une montagne que trois temples couronnent. Pourtant, dans la suite du récit, c'est de châteaux dont il est question. Christian Rosenkreutz traverse deux portails et arrive dans le château où se déroulent les préparatifs de la grande transmutation. Puis, c'est en un troisième lieu, dans une tour située sur une île, que le Grand Œuvre est accompli. On retrouve ici le thème du château de l'âme dont parlent Maître Eckhart (1260-1328) et sainte Thérèse d'Avila (1515-1582). Chez eux, la quête de l'âme est souvent présentée comme la conquête d'un château. Les textes alchimiques combinent les deux éléments en décrivant un château sur une montagne. On a vu plus haut que Gerhard Dorn parlait de trois châteaux sur une haute montagne. Montagne, château, temple ou tour, on retrouve dans notre récit tout un ensemble d'éléments symboliques qui évoquent l'idée de périple et d'élévation. Mais le temple, ou château, situé sur une haute montagne, peut aussi avoir un aspect eschatologique et évoquer le Temple à venir dont Ézéchiel parle dans ses visions. Après la destruction du Temple et de la ville de Jérusalem, les Juifs sont déportés à Babylone. C'est alors que le prophète a la vision d'un Temple à venir. Il dresse un parallèle entre l'exil des Juifs et la sortie de l'homme du Paradis. Cette destruction du Temple provoque le retrait de Dieu hors de la Création, Dieu devenant alors le seul “lieu” où l'homme peut rendre le culte. Cependant, Ézéchiel annonce l'établissement d'un nouveau Temple, un troisième, qui coïncidera avec la restauration de la Création. Le prophète décrit celui-ci comme étant situé sur une « haute montagne». Il déclare que l'archétype de ce temple préexiste dans le monde supraterrestre. Cette vision aura une grande influence sur les Esséniens et sera à l'origine de toute la littérature apocalyptique(12). On se souvient de l'importance de la vision du Temple d'Ézéchiel dans la Naometria de Simon Studion, et l'on sait que Johann Valentin Andreæ eut lui aussi l'occasion de travailler sur ce sujet avec Matthias Hafenreffer (voir plus haut). D'ailleurs, comme l'a montré Roland Edighoffer, les « Noces» comportent de nombreux aspects eschatologiques. Il est étonnant de constater qu'on retrouvera bientôt cette idée d'un Temple eschatologique chez Robert Fludd. Pour ce dernier, la montagne sur laquelle est érigé ce Temple n'est autre que celle de l'initiation.

Les sept étapes

Dans les Noces Chymiques, le nombre sept joue un rôle fondamental. L'action se déroule en sept jours, il est question de sept vierges, de sept poids, de sept bateaux, et la transmutation finale s'opère dans l'athanor qui trône dans une tour de sept étages. Bien que cela ne soit pas une constante, les alchimistes divisent souvent le processus de l'élaboration du Grand Œuvre en sept phases. Gerhard Dorn parle des sept degrés de l'œuvre. On retrouve là une donnée qui est loin d'être uniquement d'ordre alchimique. Comme l'a montré le professeur Ioan P. Couliano, la théorie selon laquelle le processus de l'élévation de l'âme comporte sept étapes se retrouve dans de nombreuses traditions(13). Ses recherches montrent que selon une tradition grecque que l'on retrouve aussi chez Dante, Marsile Ficin et Pic de la Mirandole, cette montée vers l'extase s'effectue à travers les sept sphères planétaires. Il repère aussi une autre forme d'ascension selon une tradition qui remonte à Babylone, et qui passe ensuite dans la littérature apocalyptique juive et judéo-chrétienne, ainsi que dans l'islam. Sans faire référence aux planètes, elle évoque aussi sept étapes vers l'extase spirituelle. Cet élément se retrouve également dans l'hermétisme. Dans le premier traité du Corpus Hermeticum, Poimandrès, après avoir abordé la cosmogonie et la Chute de l'homme, parle des sept étapes de la remontée de l'âme à travers l'armature des sphères. Il décrit les sept zones que l'âme, après la dissolution du corps matériel, doit franchir pour se purger de ses défauts et de ses illusions avant de monter vers le Père(14). Il est intéressant de noter que le traité X, qui donne un résumé de l'enseignement d'Hermès, revient sur cette ascension vers Dieu en la définissant comme la « montée vers l'Olympe». N'est-il pas étonnant que dans les Noces Chymiques, la tour où s'accomplissent les sept phases alchimiques se nomme justement la « Tour d'Olympe» ? Cette notion septénaire se trouve également dans la tradition chrétienne, notamment chez saint Bernard, que Johann Valentin Andreæ appréciait beaucoup. Le rêve qu'il raconte dans la première journée des « Noces» emprunte sa thématique à son sermon pour le cinquième dimanche après la Pentecôte. Dans ce rêve, Christian Rosenkreutz est enfermé dans une tour en compagnie d'autres hommes. De même, les outils que reçoivent les invités des noces pour passer d'un étage à l'autre de la Tour d'Olympe (6e jour) : la corde, l'échelle et les ailes, sont empruntés à la symbolique de saint Bernard. On trouve cette référence aux sept stades de vie intérieure chez deux auteurs loués par Johann Valentin Andreæ. Le premier, Stephan Prætorius, pasteur à Salzwedel, parle de « justificatio, santificatio, contemplatio, applicatio, devotio, continentia, beneficienta». Le second, c'est Philippe Nicolaï (1556-1608), un pionnier de la « nouvelle piété», qui, lorsqu'il évoque les noces mystiques, décrit les sept phases qui marquent la régénération de l'âme (« Le Miroir des joies de la vie éternelle», 1599).

Chevalier de la Pierre d'Or

A l'issue de la septième journée des « Noces», Christian Rosenkreutz est sacré « Chevalier de la Pierre d'Or». Ce titre lui donne la maîtrise de l'ignorance, de la pauvreté et de la maladie. Chaque chevalier prête serment en promettant de vouer l'Ordre à Dieu et à sa servante la Nature. En effet, comme l'indique Johann Valentin Andreæ, « l'Art sert la Nature» et l'alchimiste participe autant à sa propre restauration qu'à celle de la Nature. Sur un registre, il inscrit ces mots : « La science suprême est de ne rien savoir». Cette phrase se réfère à la Docte ignorance prônée par Nicolas de Cuse (1401-1464). Ce dernier, se plaçant dans la lignée de Proclus, de Denys l'Aréopagite et d'Eckhart, s'oppose à la logique rationaliste. La « Docte ignorance» ne consiste pas, comme on le croit trop souvent, à rejeter la connaissance, mais à reconnaître que le monde, étant infini, ne peut être l'objet d'une connaissance totale. Nicolas de Cuse préconise une gnose, une connaissance illuminatrice, seule capable de dépasser le monde des apparences pour comprendre la coïncidence des opposés. En résumé, le livre des Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz est un récit initiatique, celui d'une quête de l'être en route vers les noces de son âme. Cette montée de l'âme s'inscrit dans un processus englobant à la fois l'homme et la Nature. A sa lecture, on est frappé par la richesse d'un texte qui témoigne de l'érudition de son auteur. Il faudrait en effet consacrer un volume entier pour souligner toutes les références à la mythologie, à la littérature, à la théologie, et à l'ésotérisme. Dans cet article, nous n'avons fait qu'esquisser la présentation de ce merveilleux récit. Plus que d'en expliquer les multiples sens, notre but aura plutôt été de donner à chacun l'envie de lire ou de relire un texte fondamental de la Tradition rosicrucienne, qui s'inscrit aussi dans l'histoire de la littérature européenne.

Les sept jours des Noces
1er jour :
Préparation au départ
L'invitation céleste - Les prisonniers de la Tour - Le départ de C. Rosenkreutz pour les noces.
2e jour :
Voyage vers le château
Le carrefour des quatre chemins - L'arrivée au château et le passage des trois enceintes - Le dîner au château - Rêve.
3e jour :
Le jugement
Le jugement des invités indignes - La remise de la Toison d'or aux élus - L'exécution du jugement - La visite du château - La cérémonie des poids.
4e jour :
Les noces de sang
La fontaine d'Hermès - La remise d'une seconde Toison d'or - Présentation aux six personnes royales - La représentation théâtrale - L'exécution de la famille royale - L'embarquement des cercueils sur sept navires.
5e jour :
Le voyage en mer
Le mausolée de Vénus - Le faux enterrement des personnes royales - Le voyage en mer - L'arrivée sur l'île - La tour à sept étages - Le laboratoire.
6e jour :
Les sept phases de la résurrection
Le tirage au sort - Cérémonie autour de la fontaine et du chaudron - Le globe suspendu - L'œuf blanc - Naissance de l'oiseau - La décapitation et l'incinération de l'oiseau - Le fourneau circulaire - La fabrication des deux statues à partir des cendres - La flamme de vie - L'éveil du couple royal.
7e jour :
Le retour de Christian Rosenkreutz
Les Chevaliers de la Pierre d'Or - Le retour en bateau - La punition infligée à C. Rosenkreutz - Son retour chez lui après sa grâce.

http://www.rose-croix.org/histoire/histoire07.html
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MessagePosté le: Dim 17 Juin - 15:58 (2007)    Sujet du message: Publicité

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